Saturday, November 29, 2008

Gemstones

De longs moments d'urgence. Je m'obstine à ne rien voir. Je reçois des baisers de Madrid, je sue sous les projecteurs. La vie continue et je la voile de rideaux enfumés, je ferme les yeux et sens mon corps qui gueule d'être en vie. J'ai des pierreries affûtées aux reins, émeraudes et saphires; j'en ai la chair tout entaillée.

Au fond de moi comme un joyau d'arsenic, les volutes rouges me teignent lentement la peau. Je ferme les yeux parce que je ne sais pas. Je vis par cris, par spasmes. Je m'appuie aux baisers qui viennent ou aux regards qui flanchent. Je me poudre de célibat.

Sunday, November 23, 2008

Silence

Il faudrait bien que tout cesse. Ce boucan est une tourmente gouvernaillophage. Nous nous scrutons à la loupe et, sans mettre le pied à la danse, nous regardons par les fenêtres et nous jugeons durement sans déchiffrer les mots que prononcent, en noir et blanc, nos propres bouches agitées, fiévreuses. Nous parlons et parlons si bien que nous n'entendons plus le silence qui gronde au fond de nos panses. Pourtant, les yeux fermés, le nez dans tes cheveux, concentrée à ne pas bouger par peur de te réveiller, j'avais l'impression de te savoir bien mieux, bien mieux.

Nous devrions nous taire, nous museler. Nous ne pouvons discuter de nos pas alors que nos mains ne se rejoignent pas. Silence jusqu'aux nuits de peaux collantes, jusqu'aux baisers-morsures. Silence même jusqu'à ce que nous soyons enfin nus, ne rien prononcer tant que nos vêtements ne joncheront pas le sol, silence pressé de qui veulent se voir entièrement pour bien se rappeler, pour bien s'écouter.

Silence jusqu'à ton dos blanc sous mes doigts calmés. Silence tant que cette fureur ragera, tant que le doute coupera à blanc, tant que la rancune soufflera. Silence, je ne veux plus rien entendre.

Wednesday, November 19, 2008

Manquant

Ce sont là les premières vagues, à retardement. Tout ceci me manque délicieusement. Toi ailleurs, pourtant ici, tous les jours, ici si près du coeur qu'il me manque un souffle sur deux.

Je découpe des images et les colle sur des papiers de couleur, pour toi. Je vis entourée d'hommes et de femmes qui me voient et que je vois, nos souffles se mêlent, nos jours et nos soleils sont les mêmes, pourtant je suis ailleurs. Ton profil m'est perdu, mais il m'emplit toute la tête. La conscience embuée, le jugement à plat, le sexe hurlant, je n'arrive pourtant à rien qui ne me ramène pas à toi.

Je rêve à février, à ce que je porterai, à te soulever à bout de bras avec une force nouvelle, à comment mon corps aura changé. Et le tien. Son goût, sa couleur. Fermer les yeux m'entaille d'un panorama de toi.

Tes doigts boudinés que je reconnais sur mon écran. Tes souliers dans mon placard. Tes jouets sous mon lit. Tes cheveux dans une enveloppe. L'encre de tes mots sur ma table de nuit.

You are here, once removed, and I trip over your steps. Tu me manques tant qu'il n'y a rien, plus rien que cette invisible présence.